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01/11 Fête de Tous les Saints

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Sommaire

  La Vigile  
  Textes de la Messe  
  Office  
  Dom Lefèvre, Missel  
  Dom Guéranger, l’Année Liturgique  
  Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum  
  Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique  

D’origine irlandaise, la Solemnitas sanctissima (Alcuin) de Tous les Saints commença à être célébrée en Angleterre au cours du VIIIe siècle. Elle gagna le continent aux abords de l’an 800. Selon Adon, l’empereur Louis le Pieu en prescrivit la célébration dans tout son Empire (833). Elle est attestée à Rome au Xe siècle. Elle était célébrée partout à l’égal des plus grandes fêtes de l’année, avec jeûne préparatoire et vigile. Au XVe siècle, Sixte IV lui attribue une octave. La fête est double de Ière classe dans le calendrier de 1968.

La Vigile

Supprimée en 1955, la vigile pénitentielle de la Toussaint, le 31 octobre, avec une messe postérieure à celle de la fête, préparait à la fête d’aujourd’hui comme le Confitéor en deux partie : la première étant l’aveu de nos péché (pénitence) devant la cour des saints, la seconde partie la demande pressante de l’intercession de ceux-ci.

Textes de la Messe

die 1 novembris
le 1er novembre
IN FESTO OMNIUM SANCTORUM
FÊTE DE TOUS LES SAINTS
I classis (ante CR 1960 : Duplex I classis cum Octava communi )
Ière classe (avant 1960 : double de Ière classe avec Octave Commun)
Ant. ad Introitum.Introït
Gaudeámus omnes in Dómino, diem festum celebrántes sub honóre Sanctórum ómnium, de quorum solemnitáte gaudent Angeli et colláudant Fílium Dei.Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu.
Ps. 32, 1.
Exsultáte, iusti, in Dómino : rectos decet collaudátio.Justes, exultez dans le Seigneur : aux coeurs droits convient sa louange. Alléluia.
V/. Glória Patri.
Oratio.Collecte
Omnípotens sempitérne Deus, qui nos ómnium Sanctórum tuórum mérita sub una tribuísti celebritáte venerári : quǽsumus ; ut desiderátam nobis tuæ propitiatiónis abundántiam, multiplicátis intercessóribus, largiáris. Per Dóminum.Dieu tout-puissant et éternel, qui nous avez accordé de célébrer dans une même solennité les mérites de tous vos Saints ; faites, nous vous en prions, que nos intercesseurs étant multipliés, une abondante effusion de vos miséricordes, objet de nos désirs, nous vienne de votre munificence.
Léctio libri Apocalýpsis beáti Ioánnis Apóstoli.Lecture du livre de l’Apocalypse de l’Apôtre saint Jean.
Apoc. 7, 2-12.
In diébus illis : Ecce, ego Ioánnes vidi álterum Angelum ascendéntem ab ortu solis, habéntem signum Dei vivi : et clamávit voce magna quátuor Angelis, quibus datum est nocére terræ et mari, dicens : Nolíte nocére terræ et mari neque arbóribus, quoadúsque signémus servos Dei nostri in fróntibus eórum. Et audívi númerum signatórum, centum quadragínta quátuor mília signáti, ex omni tribu filiórum Israël, Ex tribu Iuda duódecim mília signáti. Ex tribu Ruben duódecim mília signáti. Ex tribu Gad duódecim mília signati. Ex tribu Aser duódecim mília signáti. Ex tribu Néphthali duódecim mília signáti. Ex tribu Manásse duódecim mília signáti. Ex tribu Símeon duódecim mília signáti. Ex tribu Levi duódecim mília signáti. Ex tribu Issachar duódecim mília signati. Ex tribu Zábulon duódecim mília signáti. Ex tribu Ioseph duódecim mília signati. Ex tribu Béniamin duódecim mília signáti. Post hæc vidi turbam magnam, quam dinumeráre nemo póterat, ex ómnibus géntibus et tríbubus et pópulis et linguis : stantes ante thronum et in conspéctu Agni, amícti stolis albis, et palmæ in mánibus eórum : et clamábant voce magna, dicéntes : Salus Deo nostro, qui sedet super thronum, et Agno. Et omnes Angeli stabant in circúitu throni et seniorum et quatuor animalium : et ceciderunt in conspéctu throni in fácies suas et adoravérunt Deum, dicéntes : Amen. Benedíctio et cláritas et sapiéntia et gratiárum actio, honor et virtus et fortitúdo Deo nostro in sǽcula sæculórum. Amen.En ces jours-là : Voici que moi, Jean, je vis un autre Ange, qui montait du côté du soleil levant, ayant le sceau du Dieu vivant ; et il cria d’une voix forte aux quatre anges auxquels il avait été donné de nuire à la terre et à la mer ; et il dit : Ne nuisez point à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau : cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d’Israël, étaient marqués du sceau. De la tribu de Juda, douze mille étaient marqués du sceau ; de la tribu de Ruben, douze mille ; de la tribu de Gad, douze mille ; de la tribu d’Azer, douze mille ; de la tribu de Nephthali, douze mille ; de la tribu de Manassé, douze mille ; de la tribu de Siméon, douze mille ; de la tribu de Lévi, douze mille ; de la tribu d’Issachar, douze mille ; de la tribu de Zabulon, douze mille ; de la tribu de Joseph, douze mille ; de la tribu de Benjamin, douze mille étaient marqués du sceau. Après cela, je vis une grande multitude, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue ; ils se tenaient devant le trône et en face de l’Agneau, vêtus de robes blanches, et ils avaient des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d’une voix forte, et disaient : Le salut est à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l’Agneau. Et tous les Anges se tenaient autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône sur leurs visages, et adorèrent Dieu, en disant : Amen. Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans tous les siècles des siècles. Amen.
Graduale. Ps. 33, 10 et 11.Graduel
Timéte Dóminum, omnes Sancti eius : quóniam nihil deest timéntibus eum.Craignez le Seigneur, vous tous ses saints, car ceux qui le craignent ne manquent de rien.
V/. Inquiréntes autem Dóminum, non defícient omni bono.V/. Et ceux qui cherchent le Seigneur ne seront privés d’aucun bien.
Allelúia, allelúia. V/. Matth. 11, 28. Veníte ad me, omnes, qui laborátis et oneráti estis : et ego refíciam vos. Allelúia.Allelúia, allelúia. V/. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Alléluia.
+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Matthǽum.Lecture du Saint Evangile selon saint Mathieu.
Matth. 5, 1-12.
In illo témpore : Videns Iesus turbas, ascéndit in montem, et cum sedísset, accessérunt ad eum discípuli eius, et apériens os suum, docébat eos, dicens : Beáti páuperes spíritu : quóniam ipsórum est regnum cælórum. Beáti mites : quóniam ipsi possidébunt terram. Beáti, qui lugent : quóniam ipsi consolabúntur. Beáti, qui esúriunt et sítiunt iustítiam : quóniam ipsi saturabúntur. Beáti misericórdes : quóniam ipsi misericórdiam consequántur. Beáti mundo corde : quóniam ipsi Deum vidébunt. Beáti pacífici : quóniam fílii Dei vocabúntur. Beáti, qui persecutiónem patiúntur propter iustítiam : quóniam ipsórum est regnum cælórum. Beáti estis, cum maledíxerint vobis, et persecúti vos fúerint, et díxerint omne malum advérsum vos, mentiéntes, propter me : gaudete et exsultáte, quóniam merces vestra copiósa est in cælis.En ce temps-là : Jésus, voyant les foules, monta sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, prenant la parole, il se mit à les enseigner, en disant : "Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux ceux qui sont affligés, car ils seront consolés ! Heureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu ! Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux.
CredoCredo
Ant. ad Offertorium. Sap. 3, 1, 2 et 3.Offertoire
Iustórum ánimæ in manu Dei sunt, et non tanget illos torméntum malítiae : visi sunt óculis insipiéntium mori : illi autem sunt in pace, allelúia.Les âmes des Justes sont dans la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les touchera pas ; aux yeux des insensés, ils ont paru mourir, cependant ils sont en paix, alléluia.
SecretaSecrète
Múnera tibi, Dómine, nostræ devotiónis offérimus : quæ et pro cunctórum tibi grata sint honóre Iustórum, et nobis salutária, te miseránte, reddántur. Per Dóminum nostrum.Nous vous offrons Seigneur, ces dons de notre piété ; faites que vous étant présentés en l’honneur de tous vos Justes, ils vous soient agréables et qu’ils nous soient rendus salutaires grâce à votre miséricorde.
In Galliis, in aliquibus diœcesibus : præfatio de SanctisEn France, dans certains dioceses : préface des Saints
Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre,
nos tibi semper et ubíque grátias ágere,
Dómine, sancte Pater, omnípotens, ætérne Deus :
Il est vraiment juste et nécessaire,
c’est notre devoir notre salut, de vous rendre grâces toujours et partout,
Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant,
Qui glorificáris in concílio Sanctórum,
et eórum coronándo mérita, corónas dona tua.
Qui nobis in eórum præbes,
et conversatióne exémplum,
et communióne consórtium,
et intercessiónne subsídium ;
qui trouvez votre gloire dans l’assemblée des Saints
et qui, en couronnant leurs mérites, couronnez vos propres dons.
Vous avez voulu que leur vie nous serve d’exemple,
que la communion avec eux nous fasse partager leurs richesses
et que leur prière vienne à notre secours,
ut tantam habéntes impósitam nubes téstium,
per patiéntiam currámus ad propósitum nobis certámen,
et cum eis percipiámus immarcescíbilem glóriæ corónam.
afin qu’environnés d’une telle nuée de témoins,
nous courrions sans défaillance au combat qui nous est proposé
et recevions avec eux la couronne impérissable de la gloire,
Per Iesum Christum Dóminum nostrum,
cuius sánguine ministrátur nobis intróitus in ætérnum regnum.
par Jésus-Christ Notre-Seigneur,
dont le sang nous procure l’entrée au Royaume éternel.
Per quem Maiestátem tuam treméntes adórant Angeli,
et omnes Spirítuum cæléstium chori sócia exsultatióne concélebrant.
Cum quibus et nostras voces ut admítti iúbeas deprecámur, súpplici confessióne dicéntes.
C’est par lui que les Anges adorent en tremblant votre Majesté,
que tous les chœurs des Esprits célestes vous célèbrent, unis dans une même allégresse
A leurs chants, nous vous prions de laisser se joindre nos voix pour proclamer dans une humble louange…
Ant. ad Communionem. Matth. 5, 8-10.Communion
Beáti mundo corde, quóniam ipsi Deum vidébunt ; beáti pacífici, quóniam filii Dei vocabúntur : beáti, qui persecutiónem patiúntur propter iustítiam, quóniam ipsórum est regnum cælórum.Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu ! Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !
PostcommunioPostcommunion
Da, quǽsumus, Dómine, fidélibus pópulis ómnium Sanctórum semper veneratióne lætári : et eórum perpétua supplicatióne muníri. Per Dóminum.Donnez, nous vous en supplions, Seigneur, au peuple des fidèles, d’avoir toujours la joie d’honorer vos Saints et la protection qui résulte de leur incessante prière.

Office

AUX PREMIÈRES VÊPRES.

Ant. 1 Je vis une grande troupe * que personne ne pouvait compter, de toutes les nations, qui était debout devant le trône.
Ant. 2 Et tous les Anges * se tenaient debout autour du trône, et ils tombèrent sur leurs faces devant le trône, et ils adorèrent Dieu.
Ant. 3 Vous nous avez rachetés, * Seigneur Dieu, par votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation, et vous avez fait de nous un royaume pour notre Dieu.
Ant. 4 Bénissez le Seigneur, * vous tous ses élus ; célébrez des jours de réjouissance, et rendez-lui gloire.
Ant. 5 Qu’une hymne * soit chantée par tous ses Saints, par les fils d’Israël, par le peuple qui l’approche : cette gloire est pour tous ses Saints.
Capitule. Apoc. 7, 2-3. Moi Jean, je vis un autre Ange qui montait de l’Orient et portait le signe du Dieu vivant ; et il cria d’une voix forte aux quatre autres Anges, auxquels il a été donné de nuire à la terre et à la mer, disant : Ne nuisez ni à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons mis le sceau sur le front des serviteurs de notre Dieu.

Hymnus Hymne
Placáre, Christe, sérvulis,
Quibus Patris cleméntiam
Tuæ ad tribúnal grátiæ
Patróna Virgo póstulat.
Soyez propice, ô Christ, à vos pauvres serviteurs,
pour qui la Vierge, leur patronne,
implore la clémence de votre Père,
auprès du tribunal de votre grâce.
Et vos, beáta per novem
Distíncta gyros ágmina,
Antíqua cum præséntibus
Futúra damna péllite.
Et vous, phalanges bienheureuses,
divisées en neuf chœurs,
éloignez de nous les maux passés,
présents et futurs.
Apóstoli cum Vátibus,
Apud sevérum Iúdicem
Veris reórum flétibus
Expóscite indulgéntiam.
Apôtres et Prophètes,
par vos instances auprès du Juge sévère,
obtenez son indulgence pour les coupables
qui pleurent si amèrement leurs péchés.
Vos, purpuráti Mártyres,
Vos, candidáti prǽmio
Confessiónis, éxsules
Vocáte nos in pátriam.
O vous, Martyrs empourprés,
et vous, saints Confesseurs,
dont la robe blanche symbolise la récompense de la foi,
appelez-nous dans la patrie, exilés que nous sommes.
Choréa casta Vírginum,
Et quos erémus íncolas
Transmísit astris, cǽlitum
Locáte nos in sédibus.
Chaste chœur des Vierges,
et vous, qui du désert êtes allés
habiter par delà les astres,
ménagez-nous des places au séjour des Bienheureux.
Auférte gentem pérfidam
Credéntium de fínibus,
Ut unus omnes únicum
Ovíle nos Pastor regat.
Faites disparaître la race des infidèles
du milieu des croyants,
afin que nous ne formions tous
qu’un troupeau, guidé par le Pasteur unique.
Deo Patri sit glória,
Natóque Patris único,
Sancto simul Paráclito,
In sempitérna sǽcula.
Amen.
Gloire à Dieu le Père
et au Fils unique du Père,
ainsi qu’à l’Esprit-Saint,
dans les siècles éternels.
Amen.

V/. Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur et exultez.
R/. Glorifiez-vous, vous tous, droits de cœur.
Ant.au Magnificat Anges, * Archanges, Trônes et Dominations, Principautés et Puissances, Vertus des cieux, Chérubins et Séraphins, Patriarches et Prophètes, saints Docteurs de Sa loi, Apôtres, tous les Martyrs du Christ, saints Confesseurs, Vierges du Seigneur, Anachorètes, et tous les Saints, intercédez pour nous.

A MATINES.

Invitatoire. Venez, adorons le Seigneur, Roi des rois, * Qui est lui-même la couronne de tous les Saints.

Hymne de Vêpres.

AU PREMIER NOCTURNE.

Ant. 1 Le Seigneur connaît * la voie des justes, qui méditent sa loi le jour et la nuit.
Ant. 2 Il a glorifié * ses Saints, le Seigneur, et il les a exaucés lorsqu’ils ont crié vers lui.
Ant. 3 Il est admirable, * votre nom, Seigneur, car vous avez couronné vos Saints de gloire et d’honneur, et vous les avez établis sur les œuvres de vos mains.

V/..Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur et exultez.
R/. Glorifiez-vous, vous tous, droits de cœur.

Du livre de l’Apocalypse de l’Apôtre saint Jean.

Première leçon. 4, 2-8. Je vis un trône placé dans le ciel, et quelqu’un assis sur le trône. Celui qui était assis paraissait semblable à une pierre de jaspe et de sardoine [1] ; et il y avait autour du trône un arc-en-ciel semblable à une émeraude [2]. Autour du trône étaient encore vingt-quatre trônes, et sur les trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus d’habits blancs, et sur leurs têtes des couronnes d’or. Et du trône sortaient des éclairs, des voix et des tonnerres ; et il y avait devant le trône sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu [3]. Et devant le trône, comme une mer de verre semblable à du cristal [4] ; et au milieu du trône, et autour du trône, quatre animaux pleins d’yeux devant et derrière [5]. Le premier animal ressemblait à un lion, le second à un veau, le troisième avait un visage comme celui d’un homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. Ces quatre animaux avaient chacun six ailes, et autour et au dedans ils étaient pleins d’yeux ; et ils ne se donnaient du repos ni jour ni nuit, disant : Saint, saint, saint est le Seigneur, Dieu tout-puissant, qui était, qui est, et qui doit venir.
R/. Je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé, et toute la terre était pleine de sa majesté ; * Et ce qui était sous lui remplissait le temple. V/. Des Séraphins étaient au-dessus du trône : l’un avait six ailes et l’autre six ailes. * Et.

Deuxième leçon. 5, 1-8. Je vis ensuite, dans la main droite de celui qui était assis sur le trône, un livre écrit dedans et dehors, scellé de sept sceaux. Je vis encore un Ange fort, qui criait d’une voix forte : Qui est digne d’ouvrir le livre, et d’en délier les sceaux ? Et nul ne pouvait ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ouvrir le livre, ni le regarder. Et moi je pleurais beaucoup, de ce que personne ne s’était trouvé digne d’ouvrir le livre ni de le regarder. Mais l’un des vieillards me dit : Ne pleure point ; voici le lion de la tribu de Juda, la racine de David, qui a obtenu par sa victoire d’ouvrir le livre et d’en délier les sept sceaux. Et je regardai, et voilà au milieu des vieillards, un Agneau debout, comme immolé, ayant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre [6]. Et il vint, et prit le livre de la main droite de celui qui était assis sur le trône. Et lorsqu’il eut ouvert le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards tombèrent devant l’Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes pleines de parfums, qui sont les prières des saints.
R/. Vous êtes bienheureuse, Vierge Marie, Mère de Dieu, vous qui avez cru au Seigneur ; car ce qui vous a été dit s’est accompli en vous ; voilà que vous êtes élevée au-dessus des chœurs des Anges : * Intercédez pour nous auprès du Seigneur notre Dieu. V/. Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. * Intercédez.

Troisième leçon. 5, 9-14. Ils chantaient un cantique nouveau, disant : Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux, parce que vous avez été mis à mort, et que vous nous avez rachetés pour Dieu par votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. Et vous avez fait de nous un royaume et des prêtres pour notre Dieu ; et nous régnerons sur la terre. Je regardai encore, et j’entendis autour du trône, et des animaux, et des vieillards, la voix de beaucoup d’Anges ; leur nombre était des milliers de milliers qui disaient d’une voix forte : II est digne, l’Agneau qui a été immolé de recevoir la vertu, la divinité, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la bénédiction. Et j’entendis toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et celles qui sont sur la mer et en elle ; je les entendis tous disant : A celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Et les quatre animaux disaient : Amen. Et les vingt-quatre vieillards tombèrent sur leurs faces, et adorèrent celui qui vit dans les siècles.
R/. En présence des Anges, je vous chanterai des hymnes : * En présence des Anges, je vous chanterai des hymnes : * J’adorerai vers votre saint temple, et je glorifierai votre nom, Seigneur. V/. A cause de votre miséricorde et de votre vérité, parce que vous avez élevé par-dessus tout la grandeur de votre nom saint. * J’adorerai. Gloire au Père. * J’adorerai.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Ant. 1 Seigneur, * ceux qui pratiquent la justice habiteront dans votre tabernacle, et se reposeront sur votre montagne sainte.
Ant. 2 Telle est la génération * de ceux qui cherchent le Seigneur, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob.
Ant. 3 Réjouissez-vous dans le Seigneur * et exultez, justes, glorifiez-vous, vous tous, droits de cœur.

V/..Que les justes exultent en la présence de Dieu.
R/. Et qu’ils se délectent dans la joie.

Sermon de saint Béde le Vénérable, Prêtre.

Quatrième leçon. Aujourd’hui, bien-aimés frères, nous célébrons, dans l’allégresse d’une solennité commune, la fête de tous les Saints. Leur société réjouit les cieux, leur protection console la terre, leur triomphe couronne la sainte Église. Plus 1a profession de leur foi a été ferme dans les tourments, plus ils ont d’éclat dans la gloire. Car la violence du combat s’augmentant, l’honneur des combattants s’est aussi accru. Les diverses tortures du martyre rehaussent le triomphe, et des souffrances plus affreuses ont procuré de plus délicieuses récompenses. Notre mère l’Église catholique, répandue au loin dans tout l’univers, à qui Jésus-Christ, son chef, apprit par son exemple à ne craindre ni les outrages, ni les croix, ni la mort, s’est de plus en plus fortifiée, non par la résistance, mais par la patience. Pour encourager toutes ces légions d’illustres athlètes, jetés en prison comme des criminels, et pour les animer tous à soutenir le combat avec la même ardeur et un courage égal, elle leur a inspiré la sainte ambition d’un glorieux triomphe.
R/. Il est venu, le Précurseur du Seigneur, auquel Jésus lui-même a rendu ce témoignage : * Il ne s’est pas élevé entre les enfants des femmes, de plus grand que Jean-Baptiste. V/. Celui-ci est un Prophète, et plus qu’un Prophète, lui de qui le Seigneur a dit. * Il.

Cinquième leçon. Heureuse en vérité, l’Église notre mère, d’être ainsi honorée des marques éclatantes de la miséricorde divine, empourprée du noble sang des Martyrs victorieux, parée du vêtement blanc de l’inviolable fidélité des Vierges ! Ni les roses, ni les lis ne manquent parmi ses fleurs. Et maintenant, très chers frères, que chacun de nous s’efforce d’acquérir la plus ample provision de titres à ces deux sortes d’honneurs, et de mériter, ou la couronne blanche de la virginité ou la couronne pourpre du martyre. Car, dans la milice des cieux, le repos et la lutte ont leurs fleurs pour couronner les soldats du Christ.
R/. Ce sont ceux-ci qui, tandis qu’ils vivaient dans la chair ont planté l’Église dans leur sang : * Ils ont bu le calice du Seigneur, et ont été faits amis de Dieu. V/. Leur voix a retenti par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde. * Ils.

Sixième leçon. L’immense et ineffable bonté de Dieu a même eu soin de ne pas prolonger le temps des travaux et du combat, et de ne le faire ni long, ni éternel, mais court, et pour ainsi dire, d’un moment. Elle a voulu que les combats et les travaux fussent pour cette vie passagère et vite écoulée ; les couronnes et les récompenses du mérite, pour la vie éternelle ; que les travaux finissent promptement, que la récompense des mérites durât toujours ; qu’après les ténèbres de ce monde, il fût donné aux Saints de jouir de la plus resplendissante lumière, et de posséder une béatitude plus grande que le cruel excès de toutes les souffrances. Et voilà ce qu’attesté l’Apôtre quand il dit : « Les souffrances du temps n’ont aucune proportion avec la gloire qui doit un jour éclater en nous. »
R/. Mes Saints, vivant dans la chair, vous avez soutenu le combat. * Moi, je vous rendrai la récompense de votre labeur. V/. Venez, les bénis de mon Père, recevez le royaume. * Moi. Gloire au Père. * Moi.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Ant. 1 Craignez le Seigneur, * vous tous ses Saints, car rien ne manque à ceux qui le craignent ; les yeux du Seigneur sont sur ses justes, et ses oreilles sont ouvertes à leurs prières.
Ant. 2 Seigneur, l’espérance des Saints * et leur tour forte ; vous avez donné un héritage à ceux qui craignent votre nom ; ils habiteront dans votre tabernacle pendant les siècles.
Ant. 3 Vous qui aimez le Seigneur, * réjouissez-vous dans le Seigneur et célébrez la mémoire de sa sanctification.

V/..Les justes vivront éternellement.
R/. Et leur récompense est auprès du Seigneur.

Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu. Cap. 5, 1-12.
En ce temps-là : Jésus, voyant la foule, monta sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, les disciples s’approchèrent de lui. Et le reste.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Septième leçon. Si l’on demande ce que signifie la montagne, on peut bien dire qu’elle signifie des préceptes de justice plus élevés, parce que ceux qui avaient été donnés aux Juifs étaient inférieurs. C’est toutefois le même Dieu qui, réglant avec un ordre admirable l’économie des temps, a donné, par ses saints Prophètes et par ses autres serviteurs, des préceptes moins parfaits à un peuple qu’il fallait encore contenir au moyen de la crainte, et, par son Fils, des préceptes plus parfaits, à un peuple qu’il convenait d’affranchir au moyen de la charité. Si de moindres commandements sont donnés à des âmes moins parfaites, et de plus grands à de plus parfaites ils sont toujours donnés par Celui qui est le seul à bien savoir fournir au genre humain le remède approprié à la diversité de ses besoins.
R/. Ceignez vos reins, et ayez en vos mains des lampes allumées ; * Soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces. V/. Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur viendra. * Soyez.

Huitième leçon. Et il ne faut pas s’étonner que le même Dieu, créateur du ciel et de la terre, donne, en vue du royaume des cieux, de plus grands préceptes, après en avoir donné de moindres pour celui de la terre. C’est de cette justice plus grande, que le Prophète a dit : « Votre justice est comme les montagnes de Dieu. » Et c’est ce que figure très bien la montagne où cette justice est enseignée par l’unique et seul Maître capable d’enseigner des choses si sublimes. Or il enseigne étant assis, ce qui appartient à la dignité du magistère. Et ses disciples s’approchent de lui : rapprochés de Jésus par la volonté d’accomplir ses préceptes, il fallait bien qu’ils fussent aussi plus près pour entendre ses paroles. « Et ouvrant sa bouche, il les instruisait, disant. » Cette périphrase de l’écrivain sacré : « Et ouvrant sa bouche, » semble avertir, en retardant son début, que le discours doit avoir une certaine étendue. A moins encore que ce ne soit pour rappeler que celui qui ouvre en ce moment la bouche, a lui-même ouvert, dans l’ancien Testament, .la bouche des Prophètes.
R/. Au milieu de la nuit un cri s’éleva : * Voici l’époux qui vient, sortez au-devant de lui. V/. Vierges prudentes, préparez vos lampes. * Voici. Gloire au Père. * Voici.

Neuvième leçon. Or, que dit-il ? « Bienheureux les pauvres d’esprit, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. » Nous lisons dans l’Écriture, au sujet de la convoitise des biens temporels : « Tout est vanité et présomption d’esprit. » Présomption d’esprit veut dire orgueil et arrogance. On dit même vulgairement des superbes qu’ils ont de l’enflure d’esprit, et avec raison, puisque le vent est aussi appelé esprit ou souffle, comme nous le voyons dans ce verset d’un Psaume : « Feu, grêle, neige, glace, souffles des tempêtes. » Qui ne sait qu’on appelle les orgueilleux des gens bouffis, comme qui dirait gonflés de vent ? De là encore ce mot de l’Apôtre : « La science enfle, mais la charité édifie. » C’est pourquoi par ces pauvres en esprit, sont justement désignés ceux qui sont humbles et qui craignent Dieu, c’est-à-dire qui n’ont point en eux cet esprit d’enflure.

A LAUDES.

Ant. 1 Je vis une grande troupe * que personne ne pouvait compter, de toutes les nations, qui était debout devant le trône.
Ant. 2 Et tous les Anges * se tenaient debout autour du trône, et ils tombèrent sur leurs faces devant le trône, et ils adorèrent Dieu.
Ant. 3 Vous nous avez rachetés, * Seigneur Dieu, par votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation, et vous avez fait de nous un royaume pour notre Dieu.
Ant. 4 Bénissez le Seigneur, * vous tous ses élus ; célébrez des jours de réjouissance, et rendez-lui gloire.
Ant. 5 Qu’une hymne * soit chantée par tous ses Saints, par les fils d’Israël, par le peuple qui l’approche : cette gloire est pour à tous ses Saints.
Capitule. Apoc. 7, 2-3. Moi Jean, je vis un autre Ange qui montait de l’Orient et portait le signe du Dieu vivant ; et il cria d’une voix forte aux quatre autres Anges, auxquels il a été donné de nuire à la terre et à la mer, disant : Ne nuisez ni à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons mis le sceau sur le front des serviteurs de notre Dieu.

HymnusHymne
Salútis ætérnæ dator,
Iesu, redémptis súbveni ;
Virgo, parens cleméntiæ,
Dona salútem sérvulis.
O Jésus, qui donnez le salut éternel,
secourez ceux que vous avez rachetés ;
Vierge, mère de la clémence,
obtenez le salut à vos humbles serviteurs.
Vos, Angelórum míllia,
Patrúmque cœtus, ágmina
Canóra Vatum ; vos, reis
Precámini indulgéntiam.
Et vous, Anges qu’on compte par milliers,
assemblée des Patriarches,
troupe des Prophètes au chant inspiré,
implorez le pardon pour les coupables.
Baptísta Christi prævius,
Summíque cæli Cláviger
Cum céteris Apóstolis
Nexus resólvant críminum.
Que Jean-Baptiste, le précurseur du Christ,
que Pierre, à qui furent confiées les clefs
du sublime royaume des cieux, et avec lui les autres Apôtres,
fassent tomber les liens de nos péchés.
Cohors triúmphans Mártyrum,
Almus Sacerdótum chorus,
Et virginális cástitas
Nostros reátus ábluant.
Que la multitude triomphante des Martyrs,
que le chœur vénérable des Pontifes
et le chaste cortège des Vierges,
s’unissent pour nous obtenir d’être purifiés de nos fautes.
Quicúmque in alta síderum
Regnátis aula príncipes,
Favéte votis súpplicum,
Qui dona cæli flágitant.
Vous tous, Princes de la cour céleste,
écoutez les vœux
de ceux qui vous supplient
et vous demandent les dons du ciel.
Virtus, honor, laus, glória
Deo Patri cum Fílio,
Sancto simul Paráclito,
In sæculórum sǽcula.
Amen.
Puissance, honneur, louange, gloire
soit à Dieu le Père,
avec le Fils et l’Esprit-Saint,
dans les siècles des siècles.
Amen.
V/. Les Saints tressailliront d’allégresse dans la gloire.
R/. Ils se réjouiront dans le lieu de leur repos.

Ant. au Bénédictus Le chœur glorieux * des Apôtres, la phalange vénérable des Prophètes, l’armée des Martyrs, éclatante de blancheur, célèbrent vos louanges ; tous les Saints, tous les élus vous proclament d’une voix unanime, 6 bienheureuse Trinité, un seul Dieu.

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

Les Antiennes, le Capitule, le V/. de Laudes. L’hymne des 1ères Vêpres.

Ant. au Magnificat Oh ! Qu’il est glorieux le royaume * dans lequel tous les Saints se réjouissent avec le Christ ; vêtus de robes blanches, ils suivent l’Agneau partout où il va.

Dom Lefèvre, Missel

Le temple d’Agrippa fut dédié, sous Auguste, à tous les dieux du paganisme, d’où son nom de Panthéon. Sous l’empereur Phocas, entre 607 et 610, le pape Boniface IV y transporta de nombreux ossements de martyrs tirés des Catacombes. Le 13 mai 610, il dédia cette nouvelle basilique chrétienne à Sainte Marie et aux Martyrs. La fête de cette dédicace prit dans la suite un caractère plus universel, et l’on consacra ce temple à Sainte Marie et à tous les Saints. Comme il existait d’autre part une fête de la commémoraison de tous les Saints, célébrée à diverses dates dans différentes églises, puis fixée en 835 par Grégoire IV au 1" Novembre, le pape Grégoire VII transporta à cette date l’anniversaire de la dédicace du Panthéon. La fête de la Toussaint rappelle donc le triomphe que remporta le Christ sur les fausses divinités païennes. C’est dans ce temple que l’on fait la Station le Vendredi dans l’Octave de Pâques. Comme les Saints honorés aux trois premiers siècles de l’Église étaient des Martyrs et que le Panthéon fut aussi tout d’abord dédié aux Martyrs, la messe de la Toussaint est faite d’emprunts à la liturgie des Martyrs. L’introït est celui de la messe de Ste Agathe, employé plus tard aussi pour d’autres fêtes ; l’Évangile, l’Offertoire et la Communion sont tirés du Commun des Martyrs. L’Église nous donne en ce jour une admirable vision du ciel où elle nous montre, avec S. Jean, les douze mille inscrits (douze est considéré comme un nombre parfait) de chaque tribu d’Israël, et une grande foule que nul ne peut compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue, debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches et ayant des palmes à la main (Épître), Le Christ, la Vierge, les bienheureuses phalanges distribuées en neuf chœurs, les apôtres et les prophètes, les martyrs empourprés de leur sang, les confesseurs parés de vêtements blancs et les chastes chœurs de vierges forment, nous dit l’hymne des Vêpres ce majestueux cortège. Il se compose en effet de tous ceux qui, ici-bas, ont été détachés des biens de la terre, doux, affligés, équitables, miséricordieux, purs, pacifiques et en butte aux persécutions pour le nom de Jésus. « Réjouissez-vous, leur annonçait le Maître, car une grande récompense vous est préparée dans le ciel » (Év., Com,). Parmi ces millions de justes qui ont été disciples fidèles de Jésus sur terre se trouvent plusieurs des nôtres : parents, amis, membres de notre famille paroissiale qui bénéficient aujourd’hui de ce culte, qui adorent le Seigneur, Roi des rois et Couronne de tous les Saints (invitatoire de Matines) et nous obtiennent l’abondance tant désirée de ses miséricordes (Or.). Le sacerdoce que Jésus exerce invisiblement sur nos autels où il s’offre à Dieu, s’identifie avec celui qu’il exerce visiblement au ciel. Les autels de la terre où se trouve l’« Agneau de Dieu »« et celui du ciel où se tient debout « l’Agneau comme immolé », ne font qu’un. Aussi, à la messe, tout nous rappelle la patrie céleste. La Préface unit nos chante aux louanges des Anges et le Communicantes nous fait entrer en communion avec la Vierge et tous les Saints.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de toute langue ; elle se tenait devant le trône, vêtue de robes blanches, des palmes à la main ; de ses rangs s’élevait une acclamation puissante : Gloire à notre Dieu [7] !

Le temps n’est plus ; c’est l’humanité sauvée qui se découvre aux yeux du prophète de Pathmos. Vie militante et misérable de cette terre [8], un jour donc tes angoisses auront leur terme. Notre race longtemps perdue renforcera les chœurs des purs esprits que la révolte de Satan affaiblit jadis ; s’unissant à la reconnaissance des rachetés de l’Agneau, les Anges fidèles s’écrieront avec nous : Action de grâces, honneur, puissance à notre Dieu pour jamais [9] !

Et ce sera la fin, comme dit l’Apôtre [10] : la fin de la mort et de la souffrance ; la fin de l’histoire et de ses révolutions désormais expliquées. L’ancien ennemi, rejeté à l’abîme avec ses partisans, ne subsistera plus que pour attester sa défaite éternelle. Le Fils de l’homme, libérateur du monde, aura remis l’empire à Dieu son Père. Terme suprême de toute création, comme de toute rédemption : Dieu sera tout en tous [11].

Bien avant le voyant de l’Apocalypse, déjà Isaïe chantait : J’ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et sublime ; les franges de son vêtement remplissaient au-dessous de lui le temple, et les Séraphins criaient l’un à l’autre : Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire [12].

Les franges du vêtement divin sont ici les élus, devenus l’ornement du Verbe, splendeur du Père [13]. Car depuis que, chef de notre humanité, le Verbe l’a épousée, cette épouse est sa gloire, comme il est celle de Dieu [14]. Elle-même cependant n’a d’autre parure que les vertus des Saints [15] : parure éclatante, dont l’achèvement sera le signal de la consommation des siècles. Cette fête est l’annonce toujours plus instante des noces de l’éternité ; elle nous donne à célébrer chaque année le progrès des apprêts de l’Épouse [16].

Heureux les conviés aux noces de l’Agneau [17] ! Heureux nous tous, à qui la robe nuptiale de la sainte charité fut remise au baptême comme un titre au banquet des cieux ! Préparons-nous, comme notre Mère l’Église, à 1’ineffable destinée que nous réserve l’amour. C’est à ce but que tendent les labeurs d’ici-bas : travaux, luttes, souffrances pour Dieu, relèvent d’inestimables joyaux le vêtement de la grâce qui fait les élus. Bienheureux ceux qui pleurent [18] !

Ils pleuraient, ceux que le Psalmiste nous montre creusant avant nous Je sillon de leur carrière mortelle [19], et dont la triomphante allégresse déborde sur nous, projetant à cette heure comme un rayon de gloire anticipée sur la vallée des larmes. Sans attendre au lendemain de la vie, la solennité commencée nous donne entrée pat la bienheureuse espérance au séjour de lumière où nos pères ont suivi Jésus, le divin avant-coureur [20]. Quelles épreuves n’apparaîtraient légères, au spectacle des éternelles félicités dans lesquelles s’épanouissent leurs épines d’un jour ! Larmes versées sur les tombes qui s’ouvrent à chaque pas de cette terre d’amertume, comment le bonheur des chers disparus ne mêlerait-il pas à vos regrets la douceur du ciel ? Prêtons l’oreille aux chants de délivrance de ceux dont la séparation momentanée attire ainsi nos pleurs ; petits ou grands [21], cette fête est la leur, comme bientôt elle doit être la nôtre. En cette saison où prévalent les frimas et la nuit, la nature, délaissant ses derniers joyaux, semble elle-même préparer le monde à son exode vers la patrie sans fin.

Chantons donc nous aussi, avec le Psaume : « Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. Nos pieds ne sont encore qu’en tes parvis, mais nous voyons tes accroissements qui ne cessent pas, Jérusalem, ville de paix, qui te construis dans la concorde et l’amour. L’ascension vers toi des tribus saintes se poursuit dans la louange ; tes trônes encore inoccupés se remplissent. Que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Jérusalem ; que la puissance et l’abondance règnent en ton enceinte fortunée. A cause de mes amis et de mes frères qui déjà sont tes habitants, j’ai mis en toi mes complaisances ; à cause du Seigneur notre Dieu dont tu es le séjour, j’ai mis en toi tout mon désir [22]. »

AUX PREMIÈRES VÊPRES.

Les cloches ont retenti, non moins joyeuses qu’aux plus beaux jours. Elles annoncent la grande solennité du Cycle à son déclin, la fête qui marque l’empreinte de l’éternité sur les temps, la prise de possession pour Dieu de l’année qui finit, joignant sa moisson d’élus à celles de ses devancières. Aux triomphantes volées remplissant l’air de leurs ondes harmonieuses, l’Église, qui depuis le matin jeûnait prosternée, se relève le front dans la lumière : elle pénètre avec Jean les secrets des cieux ; et les paroles du disciple bien-aimé, passant par ses lèvres, y revêtent un accent d’enthousiasme incomparable Cette fête est vraiment pour elle le triomphe de la Mère ; car la foule immense et bienheureuse, aperçue par elle près du trône de l’Agneau, se compose des fils et des filles que seule, comme étant l’unique [23], elle a donnés au Seigneur.

Commentaire des Antiennes
Près de ses fils glorifiés, l’Église voit les Anges, nobles natures dont l’attitude devant Dieu, la liturgie grandiose, l’adoration anéantie, ravissent son cœur. Et elle en redit le spectacle à ceux des siens qui militent encore avec elle ici-bas.

Mais l’hommage et les chants des célestes Principautés, qui jamais ne s’interrompirent, ne sont plus seuls à rendre au Très-Haut la gloire à lui due dans son temple éternel. Comme, dans un chœur nombreux, une mère distingue entre toutes la voix de son enfant, l’Église tressaille en entendant la race élue qu’elle a nourrie pour l’Époux faire sa partie dans le concert des cieux, et célébrer l’Agneau dont le sang fut le prix de notre entrée bienheureuse au royaume de Dieu.

C’est la vraie joie, l’ineffable consolation de ce jour. Aussi la grande exilée ne se tient pas d’adresser aux Saints un appel brûlant à plus de zèle, s’il se peut encore, pour louer le Seigneur Epoux : « Soyez heureux, vous tous, et le célébrez ! » s’écrie-t-elle de la vallée des larmes, empruntant les paroles de Tobie dans la terre de sa captivité [24].

Louer Dieu sans trêve : part des Saints, bon partage d’Israël en la vraie Sion [25] ! l’Église en son transport ne se lasse point d’exalter cette part glorieuse, la meilleure part, privilège de quelques-uns sur la terre, partage de tous dans la patrie.

Nulle puissance ne saurait amoindrir la gloire de la cité sainte, ou diminuer d’une unité le nombre de ses fortunés habitants, tel que le fixèrent avant tous les âges les conseils du Très-Haut. Si ce monde a trop mérité la colère, il ne finira pourtant qu’après avoir donné au ciel le dernier des élus. C’est ce qu’exprime au vif le Capitule, tiré de l’Apocalypse.

Rhaban-Maur, abbé de Fulde et archevêque de Mayence, est l’auteur présumé de l’Hymne. La « gent perfide » qu’on y demande à tous les bienheureux de chasser loin des terres chrétiennes, c’était, au IXe siècle, la race des Normands infidèles qui couvraient de sang et de ruines l’empire des faibles successeurs de Charlemagne. L’éclatante conversion des farouches destructeurs fut la réponse des Saints. Puissent-ils toujours exaucer de la sorte l’Église, éclairer comme alors ceux qui l’attaquent sans la connaître, faire d’eux ses plus fermes soutiens.

Tous les chœurs angéliques, tous les ordres des Saints reçoivent, en l’Antienne de Magnificat, l’hommage de la prière de l’Église, comme tous vont avec elle exalter la Reine de la terre et des cieux reprenant pour tous son glorieux Cantique.

Lorsque Rome eut achevé la conquête du monde, elle dédia le plus durable monument de sa puissance à tous les dieux. Le Panthéon devait attester à jamais la reconnaissance de la cité reine. Cependant conquise elle-même au Christ et investie par lui de l’empire des âmes, son hommage se détourna des vaines idoles pour aller aux Martyrs, qui, priant pour elle en mourant de sa main, l’avaient seuls faite éternelle. Ce fut à eux et à leur reine, Marie, qu’au lendemain des invasions qui l’avaient châtiée sans la perdre, elle consacra, cette fois pour toujours, le Panthéon devenu chrétien.

« Levez-vous, Saints de Dieu ; venez au lieu qui vous fut préparé [26]. » Trois siècles durant, les catacombes restèrent le rendez-vous des athlètes du Seigneur au sortir de l’arène. Rome doit à ces vaillants un triomphe mieux mérité que ceux dont elle gratifia ses grands hommes d’autrefois. En 312 pourtant, Rome, désarmée mais non encore changée dans son cœur, n’était rien moins que disposée à saluer de ses applaudissements les vainqueurs des dieux de l’Olympe et du Capitule. Tandis que la Croix forçait ses remparts, la blanche légion [27] demeura cantonnée dans les retranchements des cimetières souterrains qui, comme autant de travaux d’approche, bordaient toutes les routes conduisant à la ville des Césars. Trois autres siècles étaient laissés à Rome pour satisfaire à la justice de Dieu, et prendre conscience du salut que lui ménageait la miséricorde. En 609. le patient travail de la grâce était accompli. Des lèvres de Boniface IV, Pontife suprême, descendait sur les cryptes sacrées le signal attendu.

Heure solennelle, prélude de celle que la trompette de l’Ange doit un jour annoncer par les sépulcres de l’univers [28] ! C’est dans la majesté apostolique, c’est entouré d’un peuple immense, que le successeur de Pierre, que l’héritier du crucifié de Néron, se présente aux portes des catacombes. Ornés avec magnificence, vingt-huit chars l’accompagnent, et il convie à y monter les Martyrs. L’antique voie triomphale s’ouvre devant les Saints ; les fils des Quirites chantent à leur honneur : « Votre sortie sera heureuse, votre marche toute de joie ; car voici que tressaillent les monts, les collines fameuses, qui vous attendent en allégresse [29]. Paraissez, Saints de Dieu ; quittez vos postes de combat ; entrez dans Rome, devenue la cité sainte ; bénissez le peuple romain, qui vous suit au temple de ses fausses divinités devenu votre église, pour y adorer avec vous la majesté du Seigneur [30]. »

Après six siècles de persécutions et de ruines, le dernier mot restait donc aux Martyrs : mot de bénédiction, signal de grâces pour la Babylone ivre naguère du sang chrétien [31]. Mieux que réhabilitée par l’accueil qu’elle faisait aux témoins du Christ, elle n’était plus Rome seulement, mais la nouvelle Sion, la privilégiée du Seigneur. L’encens qu’elle brûlait sous les pas des Saints, rappelait celui dont ils avaient refusé l’hommage à ses dieux de mensonge ; l’autel au pied duquel leur sang avait coulé, était celui-là même où elle les invitait à prendre la place des usurpateurs enfuis à l’abîme. Bien inspirée fut-elle, quand le temple édifié par Marcus Agrippa, restauré par Sévère Auguste, étant devenu celui des saints Martyrs, elle crut devoir maintenir à son fronton le nom des constructeurs primitifs et l’appellation qu’ils lui avaient donnée ; l’insigne monument ne justifia son titre qu’à dater de la mémorable journée où, sous sa voûte incomparable, image du ciel, Rome chrétienne put appliquer aux hôtes nouveaux du Panthéon la parole du Psaume : J’ai dit : c’est vous les dieux [32] ! C’était le XIII mai, qu’avait eu lieu la prise de possession triomphale.

Toute dédicace sur terre rappelle à l’Église, ainsi qu’elle le dit elle-même, l’assemblée des Saints, pierres vivantes de l’éternelle demeure que Dieu se construit aux cieux [33]. On s’étonnera d’autant moins que la Dédicace du Panthéon d’Agrippa, dans les circonstances que nous avons rapportées, soit devenue la première origine de la fête de ce jour [34]. Son anniversaire, en ramenant la mémoire collective des Martyrs, donnait satisfaction à l’Église qui, désireuse d’honorer annuellement tous ses bienheureux fils morts pour le Seigneur, se vit de bonne heure réduite par leur nombre à l’impuissance de célébrer chacun d’eux au jour de son glorieux trépas. Or, au culte des Martyrs s’était joint pour elle, à l’âge de la paix, celui des justes qui, l’arène sanglante désormais fermée, se sanctifiaient chaque jour dans tous les héroïsmes offerts par ailleurs au courage chrétien ; la pensée de les associer aux premiers dans une solennité commune, qui suppléerait pour tous à la nécessité des omissions individuelles, naquit comme spontanément de l’initiative que Boniface IV avait prise.

En 732, dans la première moitié de ce huitième siècle qui fut si grand pour l’Église, Grégoire III dédiait, à Saint-Pierre du Vatican, un oratoire en l’honneur du Sauveur, de sa sainte Mère, des saints Apôtres, de tous les saints Martyrs, Confesseurs, Justes parfaits qui reposent par toute la terre [35].Une dédicace au vocable si étendu n’implique pas de soi l’établissement de notre fête même de tous les Saints par l’illustre Pontife ; il est à remarquer cependant qu’à dater de cette époque, on commence à la rencontrer en diverses églises, et fixée dès lors au premier jour de Novembre, comme en témoignent pour l’Angleterre le Martyrologe du Vénérable Bède et le Pontifical d’Egbert d’York. Elle était loin toutefois d’être universelle, lorsqu’en l’année 835, Louis le Débonnaire, sollicité par Grégoire IV, et du consentement de tous les évêques de ses états, fit de sa célébration une loi d’empire : loi sainte, portée aux applaudissements de l’Église entière qui l’adopta comme sienne, dit Adon, avec révérence et amour [36].

Il existait jusque-là, dans nos contrées, une coutume attestée par les conciles d’Espagne et de Gaule dès le VIe siècle [37], et qui consistait à sanctifier l’époque des calendes de Novembre par trois jours de pénitence et de litanies, rappelant les Rogations qui précèdent encore l’Ascension du Seigneur. Le jeûne de la Vigile de la Toussaint est le seul souvenir qui nous reste maintenant de cette coutume de nos pères ; conservant le triduum pénitentiel, et l’avançant de quelques jours, ils en avaient fait une préparation de la fête elle-même : « Qu’entière soit notre dévotion, recommandait un auteur du temps ; disposons-nous à cette solennité très sainte par trois jours de jeûne, de prière et d’aumône [38]. » En s’étendant au monde entier, la fête s’était complétée ; devenue l’égale des plus augustes solennités, elle développait ses horizons jusqu’à l’infini, embrassait toute sainteté incréée ou créée. Son objet n’était plus Marie seulement et les Martyrs, ou tous les justes nés d’Adam, mais avec eux les neuf chœurs angéliques, mais pardessus tout la Trinité sainte, Dieu tout en tous [39], Roi de ces rois qui sont les Saints [40], Dieu des dieux en Sion [41]. Écoutons l’Église éveillant aujourd’hui ses fils : Le Roi des rois, le Seigneur, venez, adorons-le, parce qu’il est la couronne de tous les Saints [42]. C’est l’invitation qu’en cette même nuit le Seigneur lui-même adressait à la chantre d’Helfta, Mechtilde, la privilégiée du divin Cœur : « Loue-moi de ce que je suis la couronne de tous les Saints [43]. » Et la vierge voyait toute la beauté des élus et leur gloire s’alimenter au sang du Christ, briller des vertus par lui pratiquées ; et répondant à l’appel divin, elle louait tant qu’elle pouvait la très heureuse, la toujours adorable Trinité, de ce qu’elle daigne être aux Saints leur diadème, leur admirable dignité [44]. Dante lui aussi nous montre, en l’empyrée, Béatrice se faisant sa couronne du reflet des rayons éternels [45]. Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit ! ainsi tout d’une voix, pour le sublime poète, chantait le Paradis. « Tout l’univers, dit-il, me semblait un sourire [46]. Le royaume d’allégresse, avec tout son peuple ancien et nouveau, tourné vers un seul point, était tout regard, tout amour. O triple lumière, qui scintillant en une seule étoile, rassasies à ce point leur vue, regarde ici-bas à nos tempêtes [47] ! »

L’ancien Office de la fête offrit jusqu’au XVIe siècle, en beaucoup d’Églises, cette particularité qu’aux Nocturnes la première Antienne, la première Bénédiction, la première Leçon et le premier Répons étant de la Trinité, la deuxième série des mêmes pièces liturgiques avait pour objet Notre-Dame, la troisième les Anges, la quatrième les Patriarches et les Prophètes, la cinquième les Apôtres, la sixième les Martyrs, la septième les Confesseurs, la huitième les Vierges, la neuvième tous les Saints. En raison de cette disposition spéciale au jour, la première Leçon revenait contre l’usage du reste de l’année au plus digne du Chœur, le premier Répons était réservé aux premiers Chantres ; et ainsi arrivait-on, par une progression descendante, jusqu’aux enfants, dont l’un donnait la Leçon des Vierges, et cinq autres, vêtus de blanc, cierges à la main en mémoire des vierges prudentes, exécutaient le huitième Répons devant l’autel de Notre-Dame ; la neuvième Leçon et le neuvième Répons revenaient à des prêtres. Toutes ou presque toutes ces formules ont été successivement modifiées ; mais l’attribution des Répons actuels est toujours la même.

On sera heureux de trouver ici les Antiennes et Répons primitifs, auxquels se réfèrent les visions des Saints de cet âge, quand ils nous montrent chaque ordre de bienheureux au ciel s’unissant durant la nuit sacrée aux actions de grâces et prières de la terre [48]. Nous empruntons les textes qui suivent aux Bréviaires concordants d’Aberdeen et de Salisbury.

Ant. 1 Soyez-nous favorable, Dieu unique, tout-puissant, Père, Fils, Esprit-Saint.

Ant. 2 Comme le lis entre les épines, ainsi entre les autres est ma bien-aimée.

Ant. 3 Louons le Seigneur que louent les Anges, que Chérubins et Séraphins proclament Saint, Saint, Saint, à l’envi.

Ant. 4 Entre les fils des femmes, il n’y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste.

Ant. 5 Soyez forts dans la guerre, et combattez avec l’ancien serpent, et vous recevrez le royaume éternel. Alléluia.

Ant. 6 Ce sont là les Saints qui, pour l’amour de Dieu, ont méprisé les menaces des hommes ; saints Martyrs ils tressaillent avec les Anges dans le royaume éternel ; oh ! qu’elle est précieuse la mort des Saints qui toujours se tiennent devant le Seigneur et ne sont point séparés les uns des autres !

Ant. 7 Ceignez vos reins, tenez en mains des lampes allumées : soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces.

Ant. 8 Saintes Vierges de Dieu, priez pour nous : puissions-nous mériter de recevoir par vous le pardon de nos crimes.

Ant. 9 Louez notre Dieu, tous ses Saints et vous qui le craignez, petits et grands ; car il règne notre Seigneur Dieu tout-puissant : réjouissons-nous et tressaillons, rendons- lui gloire.

R/. A la Trinité souveraine, au Dieu simple, Père, Fils et Saint-Esprit : divinité unique, gloire égale, coéternelle majesté ; * Tout l’univers obéit à ses lois. V/. Qu’elle daigne nous octroyer sa grâce la bienheureuse divinité du Père, du Fils, de l’Esprit conjointement adoré. * Tout l’univers obéit à ses lois.

R/. Vous êtes heureuse, sainte Vierge Marie ; vous êtes digne de toute louange ; * Car c’est de vous qu’est né le Soleil de justice, le Christ notre Dieu. V/. Priez pour le peuple, intervenez pour les clercs, intercédez pour les femmes vouées à Dieu, que tous ceux-là éprouvent votre secours qui célèbrent cette fête véritablement vôtre. * Car c’est de vous.

R/. Seigneur saint, tous les Anges vous célèbrent dans les hauteurs, et ils disent : * A vous conviennent * Honneur et louange, Seigneur. V/. Saint vous proclament Chérubins et Séraphins, et tous les chœurs célestes chantent : * A vous conviennent. Gloire au Père. * Honneur et louange.

R/. Entre les fils des femmes, il n’y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste : * Qui prépara la voie du Seigneur au désert. V/. Il y eut un homme envoyé par Dieu, dont le nom était Jean. * Qui prépara.

R/. Voici les hommes apostoliques, les familiers de Dieu ; ils se présentent : * Portant la lumière, éclairant la patrie ; ils viennent donner la paix aux nations et délivrer le peuple du Seigneur. V/. Écoutez la prière des suppliants implorant le don de la vie éternelle, vous qui portez en vos mains les gerbes de vos œuvres justes et vous présentez aujourd’hui dans la joie. * Portant.

R/. O louable constance des Martyrs ! ô charité inextinguible ! ô invincible patience ! sous les coups des persécuteurs, elle semblait ne mériter que mépris : * Elle trouvera louange et gloire et honneur, * Au temps de la récompense. V/. Aussi implorons-nous l’appui de leurs pieux mérites, à cette heure où les honore le Père qui est aux deux. * Elle trouvera. Gloire au Père. * Au temps.

R/. Ceignez vos reins, tenez en mains des lampes allumées : * Soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces. V/. Veillez donc ; car vous ne savez à quelle heure votre Maître doit venir. * Soyez semblables.

R/. J’ai entendu une voix venant du ciel : Venez, toutes, Vierges très sages ; * Tenez l’huile en vos vases pour quand l’Époux viendra. V/. Au milieu de la nuit, un cri s’est élevé : Voici l’Époux ! * Tenez l’huile.

R/. Seigneur, nous vous en supplions, remettez-nous nos fautes ; et par l’intercession des Saints dont nous célébrons la fête en ce jour, * Accordez-nous dévotion telle * Que nous méritions d’être admis dans leurs rangs. V/. Que leurs mérites soient notre secours dans les difficultés provenant de nos crimes ; nos actes nous accusent, puisse nous excuser leur prière ; et vous qui leur avez donné au ciel la palme de victoire, ne nous refusez pas le pardon du péché. * Accordez-nous. Gloire au Père. * Que nous méritions. Les Grecs honorent comme nous dans une fête commune « tous les Saints de tous les pays de la terre, Asie, Libye, Europe, Septentrion ou Midi [49]. » Mais tandis que l’Occident fixe aux derniers jours de l’année une solennité qui représente, à ses yeux, la rentrée des fruits dans les celliers du Père de famille, l’Orient la célèbre au Dimanche qui suit la Pentecôte, en ce printemps de l’Église où, sous l’action des eaux jaillissantes de l’Esprit, la sainteté fit partout germer ses fleurs [50]. Il en était ainsi dès le IVe siècle ; c’est en ce premier Dimanche après la Pentecôte, fête aujourd’hui de la Très Sainte Trinité pour nous Latins, que saint Jean Chrysostome prononça son discours en l’honneur de « tous les saints Martyrs ayant souffert dans le monde entier [51]. »

On le sait : l’origine première de la Toussaint fut de même en notre Occident cette commémoration générale des Martyrs, que d’autres Églises d’Orient placèrent au vendredi de l’Octave de Pâques [52] ; heureuse pensée, qui associait la confession des témoins du Christ au triomphe remporté sur la mort par Celui dont la confession divine, sous Ponce Pilate [53], avait devant les bourreaux été leur exemple et leur force. Ainsi faisait du reste primitivement Rome même, en rattachant à la première quinzaine de mai sa mémoire solennelle des Martyrs ; ainsi fait-elle encore, en réservant aux seuls Martyrs, conjointement avec les Apôtres, l’honneur d’un Office spécial pour la durée du Temps pascal entier.

Nous emprunterons les quelques traits qui suivent à l’Office grec du Dimanche de tous les Saints.

IN MAGNO VESPERTINO.

Les disciples du Seigneur, instruments de l’Esprit, ont répandu par l’univers entier l’évangélique semence d’où germèrent les Martyrs qui prient pour nos âmes.

Vous êtes le soutien de l’Église, la perfection de l’Évangile, chœur divin des Martyrs ; en vous se justifient les paroles du Sauveur. Car les portes de l’enfer, béantes contre l’Église, ont été par vous fermées ; votre sang qui coulait a mis à sec les libations idolâtriques ; la plénitude des croyants naquit de votre immolation. Admirés des Anges, le front ceint du diadème, vous vous tenez devant Dieu : sans fin priez-le pour nos âmes.

Fidèles, venez tous ; célébrons par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels la solennelle mémoire de tous les Saints : voici qu’elle vient à nous chargée des plus riches dons. Crions donc, et disons : Salut, assemblée des Prophètes qui annonçâtes l’arrivée du Christ au monde, et vîtes comme présent ce qui était loin encore. Salut, chœur des Apôtres, pêcheurs d’hommes qui sûtes jeter le filet sur les nations. Salut, armée des Martyrs : rassemblés des confins de la terre en l’unique foi, vous avez pour elle subi affronts et tortures, vous avez brillamment triomphé dans l’arène. Salut, ruche des Pères qui, le corps réduit par l’ascèse et mortifiant la chair et ses passions, avez muni vos âmes des ailes du divin amour, l’emportant jusqu’au ciel ; vous partagez maintenant l’allégresse des Anges, l’éternel bonheur est à vous. Mais, ô Prophètes, ô Apôtres, ô Martyrs, ô Ascètes, priez avec instance Celui qui vous a couronnés de nous sauver des ennemis invisibles ou visibles

Salut, Saints et Justes ; salut, auguste chœur des Saintes. Près du Christ, intercédez pour le monde : qu’il donne au prince la victoire sur les barbares, et à nos âmes sa grande miséricorde.

A LA MESSE.

Aux calendes de novembre, c’est le même empressement qu’à la Noël pour assister au Sacrifice en l’honneur des Saints, disent les anciens documents relatifs à ce jour [54]. Si générale que fût la fête, et en raison même de son universalité, n’était-elle pas la joie spéciale de tous, l’honneur aussi des familles chrétiennes ? Saintement fières de ceux dont elles se transmettaient de générations en générations les vertus, la gloire au ciel de ces ancêtres ignorés du monde les ennoblissait à leurs yeux par-dessus toute illustration de la terre.

Mais la foi vive de ces temps voyait encore en cette fête une occasion de réparer les négligences, volontaires ou forcées, dont le culte des bienheureux inscrits au calendrier public avait souffert au cours de l’année. Dans la bulle fameuse Transiturus de hoc mundo, où il établit la fête du Corps du Seigneur, Urbain IV mentionne la part qu’eut ce dernier motif à l’institution plus ancienne de la Toussaint ; et le Pontife exprime l’espoir que la nouvelle solennité vaudra une même compensation des distractions et tiédeurs annuelles au divin Sacrement, où réside Celui qui est la couronne de tous les Saints et leur gloire [55].

L’Antienne d’Introït rappelle aujourd’hui celle de l’Assomption de Notre-Dame. Cette fête est bien la suite, en effet, du triomphe de Marie : comme l’Ascension du Fils avait appelé l’Assomption de la Mère, toutes deux réclamaient pour complément l’universelle glorification des élus de cette race humaine qui donne au ciel sa Reine et son Roi. Joie donc sur la terre, qui continue si grandement de donner son fruit [56] ! Joie parmi les Anges, qui voient se combler les vides de leurs chœurs ! Joie, dit le Verset, à tous les bienheureux, objet des chants de la terre et du ciel !

Mais nous pécheurs, et toujours exilés, c’est avant tout de la miséricorde que nous devons prendre souci en toute circonstance, en toute fête. Ayons cependant bon espoir, aujourd’hui que tant d’intercesseurs la demandent pour nous. Si la prière d’un habitant du ciel est puissante, que n’obtiendra pas le ciel tout entier ?

ÉPÎTRE.

Une première fois, aux jours de son premier avènement, l’Homme-Dieu, se servant pour cela de César Auguste, avait dénombré la terre [57] : il convenait qu’au début de la rédemption, fût relevé officiellement l’état du monde. Et maintenant, l’heure a sonné d’un autre recensement, qui doit consigner au livre de vie le résultat des opérations du salut. « Pourquoi ce dénombrement du monde au moment de la naissance du Seigneur, dit saint Grégoire en l’une des Homélies de Noël, si ce n’est pour nous faire comprendre que dans la chair apparaissait Celui qui devait enregistrer les élus dans l’éternité [58] ? » Mais plusieurs s’étant soustraits par leur faute au bénéfice du premier recensement, qui comprenait tous les hommes dans le rachat du Dieu Sauveur, il en fallait un deuxième et définitif, qui retranchât de l’universalité du précédent les coupables. Qu’ils soient rayés du livre des vivants ; leur place n’est point avec les justes [59] : c’est la parole du Prophète-roi que rappelle au même lieu le saint Pape.

Toute à l’allégresse cependant, l’Église en ce jour ne considère que les élus ; comme c’est d’eux seuls qu’il est question dans le relevé solennel où nous venons de voir aboutir les annales de l’humanité. Eux seuls, par le fait, comptent devant Dieu ; les réprouvés ne sont que le déchet d’un monde où seule la sainteté répond aux avances du Créateur, aux mises de l’amour infini. Sachons prêter nos âmes à la frappe divine qui doit les conformer à l’effigie du Fils unique [60], et nous marquer pour le trésor de Dieu. Quiconque se dérobe à l’empreinte sacrée, n’évitera point celle de la bête [61] ; au jour où les Anges arrêteront le règlement de compte éternel, toute pièce non susceptible d’être portée à l’actif divin ira d’elle-même à la fournaise, où brûleront sans fin les scories [62].

Vivons donc dans la crainte recommandée au Graduel : non celle de l’esclave, qui n’appréhende que le châtiment ; mais la crainte filiale qui redoute par-dessus tout de déplaire à Celui de qui nous viennent tous les biens, dont la bonté mérite tout amour. Sans rien perdre de leur béatitude, sans diminuer leur amour, les Puissances angéliques [63] et tous les bienheureux se prosternent au ciel en un saint tremblement, sous le regard de l’auguste et trois fois redoutable Majesté.

ÉVANGILE.

Si proche du ciel est aujourd’hui la terre, qu’une même pensée de félicité emplit les cœurs. L’Ami, l’Époux, le divin Frère des fils d’Adam revient lui-même s’asseoir au milieu d’eux et parler de bonheur. Venez à moi, vous tous qui peinez et souffrez, chantait tout à l’heure le Verset de l’Alléluia, cet écho fortuné de la patrie, qui pourtant nous rappelait notre exil. Et aussitôt, en l’Évangile, est apparue la grâce et la bénignité de notre Dieu Sauveur [64]. Écoutons-le nous enseigner les voies de la bienheureuse espérance [65], les délices saintes, à la fois garantie, avant-goût, du bonheur absolu des cieux.

Au Sinaï, Jéhovah, tenant le Juif à distance, n’avait pour lui que préceptes et menaces de mort. Au sommet de cette autre montagne où s’est assis le Fils de Dieu, combien différemment se promulgue la loi d’amour ! Les huit Béatitudes ont pris en tête du Testament nouveau la place qu’occupait, comme préface de l’ancien, le Décalogue gravé sur la pierre.

Non qu’elles suppriment les commandements ; mais leur justice surabondante va plus loin que toutes prescriptions. C’est de son Cœur que Jésus les produit, pour les imprimer, mieux que sur le roc, au cœur de son peuple. Elles sont tout le portrait du Fils de l’homme, le résumé de sa vie rédemptrice. Regardez donc, et agissez selon le modèle qui se révèle à vous sur la montagne [66].

La pauvreté fut bien le premier trait du Dieu de Bethléhem ; et qui donc apparut plus doux que l’enfant de Marie ? qui pleura pour plus nobles causes, dans la crèche où déjà il expiait nos crimes apaisait son Père ? Les affamés de justice, les miséricordieux, les purs de cœur, les pacifiques : où trouveront-ils qu’en lui l’incomparable exemplaire, jamais atteint, imitable toujours ? Jusqu’à cette mort, qui fait de lui l’auguste coryphée des persécutés pour la justice ! suprême béatitude d’ici-bas, en laquelle plus qu’en toutes se complaît la Sagesse incarnée, y revenant, la détaillant, pour finir avec elle aujourd’hui comme en un chant d’extase !

L’Eglise n’eut point d’autre idéal ; à la suite de l’Époux, son histoire aux divers âges ne fut que l’écho prolongé des Béatitudes. Comprenons, nous aussi ; pour la félicité de notre vie sur terre, en attendant l’éternel bonheur, suivons le Seigneur et l’Église.

Les Béatitudes évangéliques élèvent l’homme au-dessus des tourments, au-dessus même de la mort, qui n’ébranle pas la paix des justes, mais la consomme. C’est ce que chante l’Offertoire, dans ces lignes empruntées au livre de la Sagesse.

Comme l’exprime la Secrète, le Sacrifice auquel il nous est donné de prendre part glorifie Dieu, honore les Saints, et nous concilie la bonté suprême.

Écho de la lecture évangélique, l’Antienne de Communion, ne pouvant énumérer à nouveau la série entière des Béatitudes, rappelle les trois dernières, et, ce faisant, les rapproche toutes avec raison du Sacrement divin où elles s’alimentent.

L’Église demande, en la Postcommunion, que cette fête de tous les Saints ait comme résultat de porter ses fils à les honorer toujours, pour toujours aussi bénéficier de leur crédit près de Dieu.

AUX SECONDES VÊPRES.

Les secondes Vêpres de la fête sont semblables aux premières, à l’exception du dernier Psaume, du Verset de l’Hymne et de l’Antienne de Magnificat. Voici ce Psaume, qui met en la bouche des Saints un sublime résumé de leur vie de foi et d’épreuves ici-bas, de reconnaissance et de louange éternelle aux cieux.

PSAUME CXV.
J’ai cru : c’est pourquoi j’ai parlé, malgré l’excès d’humiliation où j’étais réduit.
J’ai dit dans mon trouble : Il n’est point d’homme qui ne soit trompeur.
Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu’il a répandus sur moi ?
Je prendrai le calice du salut, et j’invoquerai le nom du Seigneur.
En présence de son peuple, j’acquitterai mes vœux au Seigneur : aux yeux, du Seigneur, la mort de ses Saints est précieuse.
O Seigneur ! je suis votre serviteur ; oui, je le suis, et le fils de votre servante.
Vous avez brisé mes liens ; je vous offrirai un sacrifice de louange, et j’invoquerai le nom du Seigneur.
J’acquitterai mes vœux au Seigneur, en présence de tout son peuple, dans les parvis de la maison du Seigneur, au milieu de toi, ô Jérusalem !

Un sentiment d’ineffable complaisance, de désir résigné, respire en cette Antienne, qui clôt la solennité des Saints. Mais la journée n’est pas terminée pour l’Église. A peine a-t-elle salué ses glorieux fils, disparaissant dans leurs robes blanches à la suite de l’Agneau, que l’innombrable foule des âmes souffrantes l’entoure aux portes des cieux ; et elle ne songe plus qu’à leur prêter sa voix et son cœur. L’éclatante parure qui lui rappelait le blanc vêtement des bienheureux fait place aux couleurs du deuil ; les ornements, les fleurs de ses autels, ont disparu ; l’orgue se tait ; le glas des cloches semble la plainte des trépassés. Aux Vêpres de la Toussaint succèdent sans transition les Vêpres des morts [67].

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

L’automne avancé, la chute des feuilles jaunies, le long cycle des dimanches après la Pentecôte, accompagné de ce sentiment de mélancolique lassitude qui en pénètre la dernière période, rappellent l’âme aux pensées solennelles de l’éternité et du monde d’outre-tombe, dont les jours et les années qui passent nous rapprochent. Le Voyant de Pathmos nous fait pour ainsi dire anticiper la clôture de ce long cycle, où est symbolisée la dure vie de l’Église militante : aujourd’hui il soulève pour nous un coin du voile et nous montre l’Église triomphante dans toute la splendeur de sa gloire.

Au début de cette période liturgique qui va de la Pentecôte à l’A vent, on annonçait que l’Esprit Paraclet glorifierait Jésus : Ille me clarificabit. Aujourd’hui l’on voit qu’il a tenu sa promesse, en répandant sur le corps mystique du Sauveur une si grande sainteté qui a été le germe d’une si grande gloire.

Une fête collective de tous les martyrs, en relation avec le triomphe pascal du Rédempteur, apparaît en Syrie dès le IVe siècle. Les Byzantins la célébraient au contraire le dimanche près la Pentecôte, usage qui fut jadis introduit également à Rome, comme en fait foi le plus ancien Comes publié par D. Morin d’après le célèbre manuscrit de Würzbourg : Dominica in natale Sanctorum.

Cette fête transplantée de Byzance sur les rives du Tibre fut toutefois de courte durée. Dans la semaine après la Pentecôte, une ancienne tradition imposait aux Romains le jeûne solennel des Trois-Temps avec la grande veillée dominicale à Saint-Pierre. Il était impossible, après la fatigue de cette nuit, de célébrer encore, dans la matinée, la solennité de tous les Saints. On renonça donc à l’usage byzantin, il fallut se contenter de la fête du 13 mai en l’honneur des martyrs, jadis instituée par Boniface IV lorsqu’il consacra le Panthéon au culte chrétien.

Cependant la pensée d’une solennité collective de tous les saints, et non pas simplement des martyrs, gagnait de plus en plus de terrain. Tandis qu’en Orient les Iconoclastes détruisaient images et reliques, et qu’en Italie, en plein Latium, les cimetières des martyrs gisaient dans l’abandon à cause des continuelles incursions des Lombards dans la campagne romaine, Grégoire III érigea à Saint-Pierre un oratoire expiatoire en l’honneur de tous les Saints, Martyrs ou Confesseurs, morts dans le monde entier. Un chœur de moines était attaché au service liturgique de ce sanctuaire Vatican ; et chaque jour on faisait même, à la messe, une commémoraison spéciale de tous les Saints dont les diverses églises de la catholicité célébraient le natale.

Comment Rome en vint-elle à célébrer aux calendes de novembre la fête de tous les Saints, cela n’est rien moins que clair. Ce changement se fit sous Grégoire IV (827-844), et l’action de Louis le Pieux et de l’épiscopat franc n’y fut pas étrangère ; mais il n’est pas absolument prouvé que l’initiative vînt du Pape plutôt que de l’empereur. Plus tard, Sixte IV ajouta une octave à la fête.

L’introït Gaudeamus... sub honore Sanctorum omnium est le même qui fut primitivement assigné à la fête de sainte Agathe (5 février).

Les autres jours, la liturgie célèbre la mémoire d’un ou de plusieurs saints en particulier. Aujourd’hui au contraire le Seigneur multiplicavit gentem et magnificavit laetitiam, selon la parole d’Isaïe ; aussi la glorification du Christ et de l’Église en ce jour est-elle complète.

L’Esprit du Seigneur, comme cette mystérieuse onction d’huile aromatique dont parle le Psalmiste, s’est répandu sur tout le corps mystique du Christ, sanctifiant tous ses membres quelque humbles qu’ils soient, et le préparant par ce moyen à une gloire sublime. Ce sont les Apôtres, les martyrs, les membres de la hiérarchie ecclésiastique, le laïcat catholique, les laborieux ouvriers, jusqu’aux pauvres esclaves, sur qui est descendu le Paraclet qui les a élevés à une sainteté héroïque. Telle est la belle pensée exprimée en ce jour par l’antienne d’introït.

On trouve déjà la première collecte dans le Sacramentaire Gélasien ; elle y est assignée à une fête collective de tous les Apôtres, fête devant se célébrer dans l’octave des saints Pierre et Paul : « O Dieu qui nous accordez de vénérer dans une unique solennité les mérites de tous vos Saints (Apôtres), faites qu’aujourd’hui, grâce à cette multitude d’intercesseurs, vous soyez plus disposé à nous combler de la plénitude de vos miséricordes. »

La première lecture — et cela est très significatif relativement à l’origine de cette fête — est la même que pour la dédicace du Panthéon le 13 mai (Apoc., VIII, 2-12). Le Voyant de Pathmos aperçoit une grande porte ouverte devant lui, et par cette porte entre dans le ciel une immense multitude. Ce ne sont pas seulement les cent quarante quatre mille descendants prédestinés d’Abraham, mais une turbam magnam de tout âge, de tout sexe, de toute époque, de toute condition de vie, qui entrent au Paradis en passant par la porte qui est Jésus. Il n’est donc plus si difficile de se sauver, puisque saint Jean lui-même écrit qu’il n’a pu arriver à compter le nombre interminable des élus.

Il y a cependant une condition essentielle. Ceux qui arrivent au salut portent tous un sceau sur le front, et c’est le caractère d’appartenance et de conformité au Père éternel et à son Christ. Ce sceau, au dire d’Ézéchiel, a la forme du Thau et il est imprimé sur le front de ceux qui pleurent et qui gémissent. Signa Thau super frontes virorum gementium et dolentium. Que veut-il dire par là ? L’Apôtre nous l’explique en nous apprenant que : sicut socii passionum estis, et consolationis eritis ; la gloire future sera proportionnée à la part que nous prendrons ici-bas au sacrifice de Jésus.

Le graduel Timete Dominum est le même que celui du 8 août pour la fête de saint Cyriaque. Le verset alléluiatique prélude à la lecture de l’Évangile. Jésus appelle à lui tous ceux qui peinent en portant la croix et il promet de les soulager.

Le jour où l’Église fête ensemble tous les Saints, la lecture évangélique ne peut être autre que celle des Béatitudes (Matth., V, 1-12). Tous y sont compris, et chacun y reçoit une bénédiction particulière. Pour l’obtenir, point n’est besoin d’une naissance illustre, d’une grande fortune, d’une science ou d’une habileté spéciale ; au contraire, celui qui possède le moins en propre obtient davantage du don céleste, et c’est pourquoi la première bénédiction est pour les humbles et les pauvres d’esprit, c’est-à-dire pour ceux qui, en vue d’acquérir le Christ, se sont dépouillés d’eux-mêmes et se sont faits petits, comme l’enfant de l’Évangile donné par Jésus en modèle à ses Disciples.

L’antienne pour l’offertoire, magnifique dans sa riche mélodie grégorienne qui rappelle celle du Stetit Angelus, est la même que celle du 13 août pour la fête de saint Hippolyte.

Les persécuteurs croyaient tenir entre leurs mains la vie des martyrs et des Saints ; non : elle est entre les mains de Dieu. Les impies ne sont que des instruments dont il se sert pour forger tranquillement son chef-d’œuvre. Aussi la frénésie, la rage furieuse sont seulement du côté des persécuteurs, véritables serfs attachés à la glèbe. L’artisan et son chef-d’œuvre vivant, absorbés dans l’idéal qu’ils poursuivent, sont plongés dans la paix la plus profonde, celle-là même qui est requise pour toutes les œuvres géniales et difficiles.

Les Sacramentaires du moyen âge nous offrent cette préface pour la fête de ce jour : ... Vere dignum... aeterne Deus : et clementiam tuam suppliciter obsecrare, ut cun exsultantibus Sanctis in caelestis regni cubilibus gaudia nostra subiungas. Et quos virtutis imitatione non possumus sequi, debitas venerationis contingamus affectu, per Christum etc.

L’antienne pour la Communion est tirée de l’Évangile des Béatitudes de ce jour. Le monde, avec une soif insatiable, aspire au bien-être ; la Vérité éternelle elle-même enseigne aux hommes le chemin de cette félicité, quand, du haut d’une montagne, elle proclame le décalogue du bonheur. Bienheureux ceux dont l’œil du cœur est pur, car ils discerneront Dieu ; bienheureux ceux qui conserveront une paix inaltérable, car ils se, feront par là reconnaître pour les véritables enfants de Dieu, auteur de la paix ; bienheureux ceux qui, pour la vertu, souffrent persécution, parce qu’en échange de la joie et de la vie d’ici-bas, ils obtiendront là-haut la vie éternelle et une joie impérissable.

Remarquons aujourd’hui le mot si profond par lequel la liturgie désigne l’Église militante : le peuple fidèle, c’est-à-dire le peuple qui va droit devant soi vers l’éternité, avec les yeux et la lumière de la foi. Quelle est la récompense de cette foi catholique crue, et continuellement vécue, sans laquelle personne ne peut s’arroger loyalement le titre de fidèle ? Fides quid tibi praestat ? demande encore aujourd’hui l’Église aux catéchumènes. — Et ceux-ci répondent : vitam aeternam.

Nous sommes heureux de rapporter aujourd’hui, en l’honneur de tous les Saints, la belle inscription composée par le pape Damase en mémoire de tous les justes ensevelis dans le cimetière de Callixte :

HIC • CONGESTA • IACET • QVAERIS • SI • TVRBA • PIORVM
CORPORA • SANCTORVM • RETINENT • VENERANDA • SEPVLCHRA
SVBLIMES • ANIMAS • RAPVIT • SIBI • REGIA • CAELI
HIC • COMITES • XYSTI • PORTANT • QVI • EX • HOSTE • TROPHAEA
HIC • NVMERVS • PROCERVM • SERVAT • QVI • ALTARIA • CHRISTI
HIC • POSITVS • LONGA • QVI • VIXIT • IN • PACE - SACERDOS
HIC • CONFESSORES • SANCTI • QVOS • GRAECIA • MISIT
HIC • IVVENES • PVERIQVE • SENES • CASTIQVE • NEPOTES
QVIS • MAGE • VIRGINEVM • PLACVIT • RETINERE • PVDOREM
HIC • FATEOR • DAMASVS • VOLVI • MEA • CONDERE • MEMBRA
SED • CINERES • TIMVI • SANCTOS • VEXARE - PIORVM.
Ici, si tu le veux savoir, est assemblée une foule de justes, car ces sépulcres vénérables renferment les ossements d’un grand nombre de Saints, dont le royaume du ciel a tiré à lui les âmes sublimes.
Ici sont les compagnons de Sixte, parés des trophées de la victoire remportée sur l’ennemi ; ici est le groupe des Papes qui gardent l’autel du Christ ; ici est déposé le Pontife qui passa ses jours dans une longue paix ; ici les saints Confesseurs, venus à nous de la Grèce ; ici des jeunes gens, des enfants, des vieillards et leurs chastes descendants qui voulurent conserver intact le lis de la virginité.
Ici je le confesse, moi aussi, Damase, j’aurais désiré que mon corps reposât, mais la crainte de nuire au repos des cendres des Saints m’en détourna.

Cette inscription se trouvait dans l’hypogée des Pontifes du IIIe siècle, au lieu même où, avec Sixte II, étaient ensevelis quatre de ses diacres, décapités avec lui — Comites Xysti.

Le numerus procerum du cinquième vers se rapporte à la série des Pontifes ensevelis dans le cimetière de Callixte, depuis Zéphyrin jusqu’à Miltiade (sauf Callixte, Marcellin et Marcel).

Le Sacerdos qui passa ses jours dans une longue paix est généralement identifié avec le pape Miltiade, qui vit finalement la paix de l’Église sous Constantin le Grand [68].

Les Confessores Sancti quos Graecia misit, sont certainement les martyrs Hippolyte, Néon, Marie, Adria, Pauline, etc., ensevelis au lieu appelé l’arénaire d’Hippolyte, tandis que parmi les iuvenes, castique pueri qui conservèrent intact le lis de leur virginité, doivent être comptés tout d’abord l’acolyte Tarcisius et la martyre Cécile qui reposaient dans le voisinage.

Par humilité, Damase déclina l’honneur d’être enseveli au milieu de ses prédécesseurs dans l’hypogée papal ; cependant, pour être près des martyrs, il imita le geste du pape Marc et se fit construire à peu de distance une crypte spéciale, où il déposa aussi le corps de sa mère Laurence et de sa sœur Irène, vierge consacrée à Dieu.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Introduction à la fête : commentaire des Matines Nous pouvons deviner la joie, le bonheur et la félicité de notre Mère l’Église quand il lui est donné de passer une revue de tous ses enfants qui ont atteint leur fin éternelle, qui sont entrés dans la céleste patrie et qui jouissent de l’éternelle vision de Dieu. Elle, la Mère, qui a tant lieu de craindre sur terre pour le salut de ses enfants, qui doit lutter contre l’ennemi du genre humain, qui se voit contrainte à tant de désillusions dues à l’infidélité et à la faiblesse de ses enfants, elle peut entonner aujourd’hui un joyeux Te Deum, un Magnificat de reconnaissance pour le triomphe de ceux de ses enfants qui ont combattu le bon combat et remporté la couronne de vie. C’est pourquoi, à la fête de demain, l’Église tient ses yeux fixés sur les saints ; avec la joie et la fierté d’une mère, elle ne cesse de parcourir des yeux leurs rangs. Quand nous considérons la liturgie de demain, nous y trouvons spécialement trois images par lesquelles l’Église nous présente les saints. Examinons ces images.

a) La première image est une joyeuse vision du ciel. L’Église nous prend par la main et nous conduit au ciel, Qu’y voyons-nous ? C’est la liturgie céleste bien connue que saint Jean l’évangéliste, le voyant de Pathmos, nous peint en brillantes couleurs. Nous entrons dans la basilique céleste. Là se trouve un trône élevé, entouré de Chérubins, sur lequel est assis Dieu le Père. Devant le trône il y a un autel ; sur cet autel, l’Agneau immolé et glorifié ; c’est Jésus-Christ, le Rédempteur. Autour de l’autel sont rassemblés vingt-quatre vieillards, les représentants de l’ancien et du nouveau royaume de Dieu sur la terre ; en cercle alentour se tient une foule d’élus composée d’un certain nombre de Juifs, puis d’une multitude innombrable venant du paganisme, de toute race, de tout peuple et de toute nation. Ils sont vêtus de blanc, portent des palmes dans leurs mains et chantent un cantique nouveau : “Vous nous avez rachetés par votre sang, nous qui venons de toute race, de tout peuple et de toute nation. Vous nous avez faits rois et prêtres pour notre Dieu, afin que nous régnions sur la terre.” Les quatre Chérubins disent Amen et les vingt-quatre vieillards se prosternent en adorant Dieu et l’Agneau. Et l’Alléluia retentit sans fin. — A cette troupe nous voulons appartenir, nous aussi, un jour. Rejetons donc les chaînes qui nous tiennent attachés à la terre et montons en esprit au ciel...

b) Maintenant l’Église nous montre une autre image de ses saints enfants. Elle nous ramène sur terre et nous fait voir les saints dans leur accession à la sainteté, c’est-à-dire dans .la réalisation des huit béatitudes du sermon sur la montagne. C’est vraiment un tout autre spectacle. Nous voyons alors les disgraciés de ce monde qui parfois manquent du pain quotidien, un père, une mère qui gagnent péniblement le pain de leurs enfants, des esclaves injustement traités pendant leur vie, les héros silencieux de la vie qui ne protestent pas bruyamment contre leurs souffrances, mais les supportent courageusement, les malades cloués sur un lit de douleur, ceux qui se consument de chagrin et dont les joues sont sillonnées de larmes. A vrai dire, ce n’est pas la souffrance seule qui les a sanctifiés, mais ils l’ont reçue de la main de Dieu et en ont fait le tremplin de leur sainteté. A côté d’eux il y a des pacifiques et des miséricordieux, des âmes innocentes et pures. — C’est un chemin de croix qui se déroule devant nous : ce sont sans doute des hommes insignifiants aux yeux du monde, mais le monde n’était pas digne d’eux. Ils sont l’honneur de l’Église, de vrais saints. Voulons-nous, nous aussi, suivre cette voie ?

c) Mais l’Église a encore une troisième image dans laquelle elle se plaît à rassembler tous les saints ; c’est ce que l’on nomme le commun. L’Église range volontiers en groupes les saints qui ont mis en relief chacun des aspects de l’idéal de la sainteté. Alors quel dans le cours de l’année, elle éparpille le faisceau de ces couleurs variées, elle veut aujourd’hui en voir rassemblées toutes les parties dans la claire lumière du soleil de la Toussaint. Aux Matines, l’Église nous montre précisément cette image de tous les saints rassemblés. Au milieu d’eux se tient Dieu le Père, “assis sur un trône haut et élevé ; les franges de sa robe remplissent le temple ; des séraphins planent au-dessus de lui” (1er répons). Devant le trône, la première parmi tous les saints, se tient Marie, la Mère de Dieu. La milice des anges la salue de l’Ave : “Je vous salue. Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous” (2e répons). Vient ensuite le chœur des anges ; eux aussi font partie de l’armée des saints : “En présence des anges nous chanterons pour vous, et nous vous adorerons dans votre sanctuaire” (3e répons). Maintenant se tient devant nous un saint qui n’appartient à aucun groupe, le précurseur du Seigneur dont le Christ a dit lui-même : “Personne n’a été plus grand parmi les enfants des femmes que Jean Baptiste” (4e répons). Ensuite voici une cohorte vénérable, la cohorte de ceux qui ont planté l’Église dans leur sang, “ils ont bu le calice du Seigneur, ils sont devenus les amis de Dieu. Sur toute la terre retentit le son de leurs voix et jusqu’aux extrémités du globe leur prédication” (5e répons). Ce sont les Apôtres du Seigneur, qui ont une place de choix dans l’Église de Dieu. Après eux vient la milice des martyrs, vêtus de blanc et des palmes à la main. Dur a été leur combat, magnifique est leur récompense. Le Christ leur adresse maintenant son invitation : “Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du royaume” (6e répons). Puis une nouvelle phalange approche à son tour. Ceux-ci ont “les reins ceints et une lampe allumée à la main”. Ils ont veillé et .attendu que le Seigneur revint de la noce. Ce sont les confesseurs (7e répons). Enfin un dernier groupe, celui des vierges. Elles aussi ont une lampe à la main et vont à la rencontre du Christ, leur Époux, avec un amour et une ardeur d’épouses (8e répons). — A quel groupe voulons-nous appartenir ? Voulons-nous acquérir les roses du martyre, fussent elles non sanglantes, ou les lis d’une vie pure, ou les violettes de la pénitence ? Combattons ; ne demeurons pas inactifs, les bras croisés. Nous sommes encore en route, nous sommes encore dans la lutte, persévérons dans la patience afin de pouvoir entrer, nous aussi, dans la phalange victorieuse des saints.

La Messe (Gaudeamus). La messe ressemble par son architecture et par son contenu à celle d’hier (Vigile). L’Introït nous invite à prendre part à la joyeuse fête de famille. Il y a joie sur terre, joie au ciel. Avec une intime fierté de mère, l’Église embrasse d’un coup d’œil tout le chœur de l’Église triomphante et s’assure l’intercession protectrice de ses membres glorifiés (Oraison). La Leçon nous conduit au ciel. Saint Jean nous y fait jeter un regard ; nous voyons alors l’immense armée des saints rassemblée autour du trône de Dieu et chantant de pieux cantiques. Une partie des saints, une foule, mais que l’on peut dénombrer, provient du Judaïsme ; tandis que d’innombrables phalanges sont issues des nations païennes. Tous ont été purifiés de leurs péchés par le sang de l’Agneau et portent maintenant dans leurs mains la palme de la victoire. Le Graduel et le verset de l’Alléluia nous ramènent sur terre et nous montrent le chemin du ciel : servir Dieu et porter la croix. Les huit béatitudes nous indiquent la voie qui conduit à la sainteté, “ la grande voie royale du Christ, l’échelle d’or de la félicité éternelle ”. La vie des saints est la mise en œuvre des béatitudes. La Communion met encore une fois en un vif relief ces béatitudes qui sont engendrées, nourries et conservées par l’Eucharistie. En même temps, nous apprenons où est la source de ces vertus et de ces béatitudes ; c’est la Sainte Eucharistie : “Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ; bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu ; bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux leur appartient.” La grande pensée fondamentale de la messe est donc celle-ci : les saints au ciel (Épître) et les saints sur la terre (Évangile). — En terminant la fête (secondes vêpres), nous nous écrions avec un pieux étonnement : “Combien glorieux est le royaume où les saints exultent avec le Christ, suivant, vêtus de blanc, l’Agneau partout où il va.”

[1] Dans les douces couleurs de ces pierreries, on voit Dieu revêtu d’une majesté douce et d’un éclat agréable aux yeux. (Bossuet.)

[2] Ribeira, Viegas et d’autres auteurs disent que l’arc-en-ciel signifie la. miséricorde de Dieu, qui entoure son trône. Dans cet arc-en-ciel domine la couleur verte, qui désigne les consolations que Dieu répandra sur ses élus. (Corn. a Lap.)

[3] Ces sept esprits sont les sept Anges les plus élevés ; d’autres auteurs y voient un emblème des sept dons du Saint-Esprit.

[4] Bède, ;Richard et Rupert voient